Gœthe – Les Souffrances du jeune Werther

Les Souffrances du jeune Werther est l’ouvrage centrale dans Fragments d’un sentiment amoureux : Barthes s’y réfère souvent, tant le personnage de Werther éprouve chaque sensation pleinement. Werther est absolument amoureux, absolument vivant.

Or, rien ne me fâche plus que de voir les gens se tourmenter les uns les autres, et surtout de voir les jeunes gens, au printemps de la vie, alors que leur cœur pourrait s’ouvrir le plus largement à toutes les joies, se gâter réciproquement ces quelques beaux jours par des façons maussades, pour reconnaitre trop tard qu’ils ont gaspillé des bien qui ne reviendront plus. p 46

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Rousseau – Les rêveries du promeneur solitaire

Rousseau va sérieusement mal : entre l’étude de son intérêt pour la botanique et une digression sur le mensonge, il passe la plupart de l’ouvrage à se plaindre des persécutions qu’il a reçu des hommes, à se sentir trahit par ses semblables et pourtant il met l’accent sur son bonheur et sa sérénité.

J’aime encore mieux qu’ils [ses persécuteurs] me tourmentent sans résistance que d’être forcé de penser à eux pour me garantir de leurs coups. p 150

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Tim Richmond, Last best hiding place

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Albert Camus – Le mythe de Sisyphe (1942)

La philo étant encore toute nouvelle pour moi, je situe le nouveau par rapport au connu. Et je place Le mythe de Sysiphe entre Marc-Aurèle et Hannah Arendt : on n’a plus une succession de maximes et de courtes pensées, mais une réflexion longue où chaque argument est construit sur 5, 10 pages, et s’inscrit dans une dynamique globale ; mais j’ai l’impression qu’une lecture attentive (et répétée parfois) me permet de saisir entièrement l’argument, et la conclusion de l’auteur, ce qui me semble encore impossible avec Arendt (mais je ne m’avoue pas vaincu).

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Marc-Aurèle – Pensées pour moi-même

Applique seulement ton attention et ta volonté à mériter ta propre estime à chacune de tes actions.

J’ai entendu parler de Marc Aurèle pour la première fois dans une conférence TED, par David Puttnam qui citait “If it is not right do not do it; if it is not true do not say it”. La franchise et la simplicité de cette maxime a éveillé mon intérêt, et quand Art Of Manliness a publié un texte de 1910 intitulé How to Live on Twenty-Four Hours a Day, une phrase de l’auteur m’a décidé : “I know nothing more “actual,” more bursting with plain common-sense, applicable to the daily life of plain persons like you and me (who hate airs, pose, and nonsense) than Marcus Aurelius or Epictetus.”

L’attraction du vide, Romain Langlois

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Roland Barthes – Fragments d’un discours amoureux

Embrassements, Christine Vadrot - découvert à la Galerie des Pentes

Embrassements, Christine Vadrot – découvert à la Galerie des Pentes

J’ai entendu parler pour la première fois de ce livre quand “Ça peut pas faire de mal”, l’émission de Guillaume Galienne sur France Inter, lui a consacré un épisode. Après l’exposition du sentiment amoureux comme un raz-de-marée, une force immense dans Martin Eden (“Love lay on the mountain-tops beyond the valley-land of reason. It was the sublimated condition of existence, the topmost peak of living, and it came rarely.”), j’ai été séduit par ce livre qui semblait proposer une approche plus réfléchie, moins éblouie de l’Amour.

Pourtant, Roland Barthes se refuse à expliquer l’amour

[…] car il ne faut pas, dit le mathématicien, “sous-estimer la puissance du hasard à engendrer des monstres”; le monstre, en l’occurrence, eût été, sortant d’un certain ordre des figures, une “philosophie de l’amour”, là où il ne faut attendre que son affirmation.

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Pierre Bourdieux – Sur la télévision

Tom Moody and Ray Rapp, TV Static Photos, 2001

Sur la télévision est un cours essai de Pierre Bourdieux (75 pages) qui se concentre surtout sur l’influence de la télévision (on devrait même parler de domination) des médias télévisuels sur le monde de l’information. Il interroge les mécanismes d’audimats, et cherche les raisons qui portent à la télévision débats ratés et promotions de produit flagrantes. Voici donc trois extraits qui ont retenu mon attention.

De la dangerosité d’une soumission générale à l’audimat :

Voir se réintroduire cette mentalité audimat jusque chez les éditeurs d’avant-garde, jusque dans les institutions savantes, qui se mettent à faire du marketing, c’est très inquiétant parce que cela risque de mettre en question les conditions mêmes de la production d’œuvres qui peuvent paraître ésotériques, parce qu’elles ne vont pas au devant des attentes de leur public, mais qui, à terme, sont capables de créer leur public.

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