Platon, Le Banquet

Je n’avais pas ouvert d’ouvrage de Platon depuis Gorgias au lycée : j’avais quelques souvenirs du discours décortiqué de Socrate, mais très peu de la valeur philosophique de l’ouvrage. Comme pour Werther, c’est Fragments d’un discours amoureux qui m’a amené à lire Le Banquet. Cette fois-ci nous sommes mis en face d’une réflexion presque théologique de l’amour, puisque l’on suit des discours successifs ayant pour objet l’éloge d’Eros, le dieu grec de l’amour.

J’ai plutôt été déçu par l’ouvrage dans son ensemble : parce que les personnages se donnent pour objectif de mettre en avant le dieu de l’amour, on a le droit à beaucoup de généalogie divine, de l’éloge d’Eros comme un dieu tout-puissant et beau. Ce qui, de mon point de vue, ne mène nulle part. Et le discours de Socrate manque de la rigueur que j’avais apprécié dans Gorgias. Quelques passages possèdent pourtant un intérêt certain, reposant souvent sur l’idée que Eros est un bon dieu, que l’amour est bon :

Par l’amour s’accomplit une initiation, un accès à ce qui n’est pas nous. L’amour est un dépassement et non un remplissement. Il s’éprouve dans le manque, mais ce manque est manque de ce que nous ne sommes pas et non pas manque de ce qui nous manque. p20

Le plus grand honneur d’Éros réside dans l’incapacité où il est de nuire aux hommes et aux dieux, dans l’impossibilité où les hommes et les dieux se trouvent de lui nuire. S’il souffre, en effet, ce n’est point par contrainte, car la contrainte ne s’attache pas à l’amour. p89

J’ai surtout apprécié comment certains discours tentent d’établir un lien (qui m’échappe encore quelque peu) entre l’amour comme recherche du bon, et comme recherche du beau :

 Posséder éternellement à soi ce qui est bon, c’est-à-dire ce qui se meut et vit, revient à dire : l’amour est le désir de participer à la vie en travaillant à créer avec elle l’Éternelle Beauté. (note de bas de page)

C’est par le corps qu’il faut monter à l’esprit. C’est par la chair que l’on s’élève l’âme. C’est du fini que représentent, sous leur infinie diversité, tous les phénomènes sensibles, qu’il faut partir pour parvenir à l’Être de beauté que présuppose la beauté du fini. (note de bas de page)

Vous serez intéressé par ce livre si vous voulez en savoir un peu plus sur le point de vue antique sur l’homosexualité (la description des rites spartiates) mais pour moi, tant que l’amour du corps et de l’âme ne sont liés que par une certaine mystique, c’est que l’on passe à coté d’une certaine finesse du sentiment amoureux. Et le cheminement que fait Diotime me parait bien absurde :

Effectivement, la vraie méthode pour s’initier soi-même à l’amour ou pour y être initié par un autre, c’est de commencer par aimer les beautés d’ici-bas pour s’élever sans cesse, comme par des échelons, vers cette Beauté suprême, passant d’un seul beau corps à deux, de deux à tous les autres ; puis des beaux corps aux belles activités, des belles activités aux belles sciences, jusqu’à ce que, des belles sciences, on arrive à cette science qui n’est autre que la science de cette Beauté suprême, et qu’on parvienne enfin à connaître le beau tel qu’il est en soi.

Car je n’ai encore jamais observé quiconque entreprendre le cheminement “des beaux corps aux belles activités”.

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