José Luis Peixoto, Le cimetière des panios

Faire un article sur ce livre me met face aux remarques que j’ai reçues sur mon blog récemment, qui en substance disaient “les citations c’est bien, mais on sait pas trop ce que t’en penses”. Dans Le cimetière des pianos, j’ai relevé un seul fragment :

C’est un homme soudain seul. Il regarde vers ma fille et il n’est pas heureux. Il a pitié d’elle, pitié de lui-même, pitié de tout ce qu’il pourrait nommer. Il ferme la porte avec précaution, éteint la lumière, traverse la cuisine à pas de loup. Restent les heures, qui s’étendent remplies de nuit. Reste le temps : le temps : qui passe sans exister. p182

Maintenant, si je veux continuer de parler de ce livre, sans citation, il faut que je me demande ce que je veux en dire  ; et je me trouve dans une position délicate étant donnée que je recommanderais pas ce livre : je ne trouve pas qu’il propose quelque chose de vraiment inédit, une nouvelle vision, un nouvel élément qui puisse rendre sa lecture nécessaire.
Et pourtant je l’ai lu, de bout en bout, je me suis laissé emporté par la lecture et part différents aspects du livre. Sans vraiment savoir ce qu’est une critique, c’est plutôt de ça dont je vais parler.

Dans Le cimetière des panios, on suit une famille portugaise sur 3 générations : le grand-père Lazaro, son fils Francisco et son petit-fils Lazaro. Le roman est très décousu, et il n’est pas rare que 3 époques (de la narration) de la vie de la famille se côtoient sur une même page : avec la difficulté que cela entraine pour comprendre qui parle, et quand, il est difficile de suivre l’évolution des personnages, de leur état d’esprit, s’ils sont vivants ou morts. Et pourtant, c’est lorsque cette déconstruction du récit est la plus intense que l’expérience du roman devient si particulière, lorsque Francisco court le marathon des Jeux Olympiques de Stockholm : Francisco meurt avant la fin de sa course (on l’apprend très tôt dans le livre), mais avant cela on découvrira des nouvelles bribes de l’histoire de la famille.

Là où l’auteur excelle, c’est qu’il retranscrit avec beaucoup de justesse l’errance saccadée que traverse l’esprit lors d’une course : pendant 50 pages, le narrateur vagabonde entre ces souvenirs d’enfance et d’adolescence, pense à sa femme et à son enfant sur le point de naitre ; et est parfois brutalement ramené (et nous, lecteurs, avec lui) aux sensations de puissance, de vitalité que lui procure son corps en train de courir, puis de détresse quand il sent la fatigue prendre le dessus.

C’est vraiment cela qui m’a frappé dans ce livre, pas le dépôt de pianos cassés qui donne son nom au livre ; peut-être la manière dont on voit l’une des membres de la famille abandonné son corps à une obésité morbide possède également un certain attrait. Mais je gardais en tête le talent avec lequel Paul Auster est capable de tisser plusieurs lignes de vie simultanément avec une très grande justesse, que n’atteint pas ce livre.

Et un dernier détail qui pimente la lecture du Cimetière des pianos : la difficulté à construire l’arbre généalogique de la famille mêlée aux quelques indices troublants qui me porte à croire que le grand-père et son petit-fils sont une seule et même personne (même nom, mêmes occupations et tous les deux un oncle borgne et très bavard). Je m’interroge toujours.

 

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