Farid Al-Din Attar – La Conférence des oiseaux

The Concourse of the Birds painted by Habib Allah

Une fois de plus, c’est un podcast qui m’amène vers un livre : il y a un an ou deux, le conte du poète soufi Farid Al-Din Attar était récurrent dans l’émission de Jean-Claude Ameisen, Sur les épaules de Darwin. JC Ameisen était surtout intéressé par la conclusion de l’ouvrage, où les oiseaux réalisent que l’objet de leur quête, le roi des oiseaux Simurgh, se trouve depuis toujours en eux-même, et que tous ensemble, ils sont Simurgh.

Si la quête du Simurgh structure le livre (écrit en 1177), elle est presque auxiliaire, puisqu’elle n’est qu’un prétexte pour le poète  : un par un, les oiseaux se présentent devant leur meneur la huppe, et lui exposent les raisons qui les retiennent d’entamer cette quête (crainte, confort, indignité). C’est alors l’occasion pour Farid Al-Din Attar d’énoncer par la voix de la huppe des petits récits (mettant en scène des hommes pieux, Joseph, Mahomet ou l’empeureur Mahmud) qui devront mener les oiseaux à s’offrir à leur roi, leur dieu.

La Conférence des oiseaux est donc plus un recueil d’anecdotes qu’une véritable histoire, qui offre un plongeon dans la culture perse et musulmane : j’ai été agréablement surpris par les nombreuses histoires d’amour (souvent proche de la folie) qu’on trouve dans ce livre

Il était une fois une fille de roi belle comme la lune. Sa beauté à peine entrevue ruinait les sens et la raison. Mille amants égarés mendiaient à ses pieds un éclat de ses yeux qui voilait ses longs cils. Son visage ? Une aurore blanche. Ses cheveux ? Une nuit de musc. Ses lèvres ? Éblouissantes, rouges à faire pâlir le rubis, à faire honte au goût de miel. p47

et par les quelques romances entre un empereur et l’un de ses servants, puis avec une courtisane, sans distinction aucune entre les sexes. Beaucoup d’autres sujets sont traités, tous exposés à la lumière de la religion, avec cette philosophie soufiste (d’après Wikipedia) selon laquelle celui qui cherche Dieu ne le trouvera qu’en lui, qu’en l’instant présent :

Un homme, un jour, extasié, leva la tête au grand soleil.
– Ô Bien-Aimé, s’écria-t-il, par pitié, ouvre-moi Ta porte !
Rabiah était auprès de lui.
– Ô pauvre aveugle, lui dit-elle, Dieu te l’a-t-il jamais fermée ? 264

De cette pensée-là, Farid Al-Din Attar amène le fidèle à prendre conscience de sa petitesse :

Parlons en de ce monde ! A-t-il souci de toi ? Il ne sait même pas qu’on croupit sans espoir dans ses replis puants. Que tu sois mort ou vif, pour lui, c’est tout pareil. […] Sans doute dira-t-on que ce désir brûlant de l’Amour majuscule est d’un orgueil coupable, et que c’est folie de penser que l’on peut parvenir vivant où personne jamais ne fut. Pour moi, mieux vaut offrir ma vie au désir, même orgueilleux, que de laisser pourrir mon cœur dans des soucis de boutiquier. p127

à s’éloigner des biens matériels :

Hésiter comme tu le fais par crainte de perdre ton bien me paraît aussi insensé que de trancher un poil en deux et de ne savoir quel bout prendre. Pour un chercheur de vérité, un coffre d’or ne vaut pas plus qu’un vieil âne aux genoux cagneux. Il pèse lourd, mais ne vaut rien. p160

Même si la lecture est parfois sacadée, le texte est poétique et donne un point de vue rare sur la culture musulmane.

Ô ignorant, as-tu compris ? Allons, cesse de faire l’âne. Il faut explorer le mystère, trouver le secret de la vie avant que le cœur ne s’éteigne. Si tu ne le déniches pas ici même, dans ce bas monde, ce n’est pas au fond du tombeau que tes pauvres yeux s’ouvriront. Seul un vivant peut découvrir ce que signifie le mot vivre. Les morts n’en peuvent rien savoir. Tu n’es pas ici-bas pour rien. Deviens un homme, un vrai. Mais tant de voiles te recouvrent ! Comment pourrais-tu te trouver ? p182

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s