George Perec – Un homme qui dort (1967)

On m’a conseillé ce livre au détour d’une conversation sur les gens qui disaient “ne rien faire” et l’absurdité que cela constitue quand on y réfléchi un peu : un ami d’ami évoque alors “Un homme qui dort”, le récit d’un homme qui du jour au lendemain de fait plus rien, absolument rien, reste immobile chez lui. L’idée en soi et le fait qu’un roman puisse en être issu sont assez déroutants, mais la curiosité pour Perec que m’a donné un “Ça peut pas faire de mal” et le semblant d’une réponse (même absurde) au divertissement pascalien m’a amené à me le procurer.

Sleeping lovers, from FFFFOUND

Quelle bonne idée ! Quel roman déroutant ! L’action (donc l’inaction) y est décrit à la deuxième personne du singulier, donnant un ton à la fois extérieur et intime à la narration : les 90 pages pendant lesquelles on suit cet homme anonyme qui s’arrête d’être tout en continuant à vivre, ou bien l’inverse, résonne pour moi comme un second Malone Meurt :

C’est un jour comme celui-ci, un peu plus tard, un peu plus tôt, que tu découvres sans surprise que quelque chose ne va pas, que, pour parler sans précautions, tu ne sais pas vivre, que tu ne sauras jamais. p15

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Bourdieu – Science de la Science et réflexivité (2001)

Science de la Science et réflexivité est un super livre, qui fait un peu mal à la tête. Cet ouvrage émane de la volonté d’honnêteté de la part de Bourdieu qui consiste à tenter d’appliquer à la sociologie les outils que cette même sociologie utilise pour analyser et comprendre les autres sciences, en se heurtant au double statut d’objet d’analyse et de méthode d’analyse qu’obtient alors la sociologie.

La sociologie qui pose aux autres sciences la question de leurs fondements sociaux ne peut s’exempter de cette mise en question. Portant sur le monde social un regard ironique, qui dévoile, qui démasque, qui met au jour le caché, elle ne peut se dispenser de jeter ce regard sur elle-même. Dans une intention qui n’est pas de détruire la sociologie, mais au contraire de la servie, de se servir de la sociologie de la sociologie pour en faire une meilleure sociologie. p16

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Etty Hillesum – Une vie bouleversée (1943)

Cette lecture fût très agréable et touchante, remplie de vie comme quotidien et surtout comme réaction : on y suit pendant plus de 2 ans la vie de Etty Hellisum, puisque Une Vie Bouleversée rassemble les écrits du journal de la jeune hollandaise de 1941 au 1943.

Les barraquements de Westerbrok, le camp de concentration où Etty Hillesum passa 1 an de 1942 à 1943.

Les barraquements de Westerbrok, le camp de concentration où Etty Hillesum passa 1 an de 1942 à 1943.

L’ouvrage commence en parallèle avec une thérapie sur le conseil de Julius Spier : elle y consigne ses pensées d’une manière très personnelle, tel qu’un journal invite à le faire. Elle cherche à identifier ses tourments, leurs causes et parfois à les accepter.

Rien à faire, il me faudra bien résoudre mes problèmes ; et j’ai toujours l’impression que, si j’y parviens, je les aurai résolus aussi pour mille autres femmes. C’est pourquoi je dois “m’expliquer avec moi-même“. Mais la vie est bien difficile, surtout quand on ne trouve pas ses mots. p45

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Clément Rosset – Le réel et son double (1976)

Le réel et son double est le premier essai que je lis dont l’auteur se donne un sujet d’analyse aussi précis pour commencer :

L’essai qui suit vise à illustrer [le] lien entre l’illusion et le double, à montrer que la structure fondamentale de l’illusion n’est autre que la structure paradoxale du Double. Paradoxale, car la notion de double, on le verra, implique en elle-même un paradoxe : d’être à la fois elle-même et l’autre. p18

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Paul Auster – New York Trilogy (1987)

I could reproch how the three stories of New York Trilogy have no end and leave many questions unanswered, but this would be being naively affected by viewing each story separately. When reading this book from beginning to end, each part gives an occasion to see the others from an other point of view where the seemingly logic of the character of one becomes as absurd for the character of an other than it was for us in the first time. A great book.

Frederic Lebain, wallpaper New York

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