Albert Camus – Noces (1939) (+ l’Été)

Je pense qu’il me faudra un moment avant de me remettre de L’Envers et l’Endroit : les paraboles et les récits de voyage entrelacés m’ont profondément touché. Le même style se retrouve dans Noces, mais il est cette fois-ci beaucoup plus contemplatif. J’étais tout de même ravi de découvrir une nouvelle fois l’amour de Camus pour le soleil, la mer, le bonheur simple d’une présence au monde ; ce fut de plus grand secours alors que j’arrivais dans un Montréal glacial.

Mr. Maciej, par Peter Zeglis

Mr. Maciej, par Peter Zeglis

J’ai aussi retrouvé la puissance avec laquelle Camus parvient à mêler l’expérience intérieur à une nouvelle lecture du monde, comme cette promenade dans les ruines de Tipasa lui révèle le sens de la gloire:

Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend  du ciel vers la mer. p20

L’absence de l’action et de la description des sensations du narrateur que l’on trouvait L’Envers et l’Endroit est assez décevante, faisant parfois de Noces une suite de descriptions détachées et extérieures.

Le signe de la jeunesse, c’est peut-être une vocation magnifique pour les bonheurs faciles. Mais surtout, c’est une précipitation à vivre qui touche au gaspillage. […] Dans cette abondance et cette profusion, la vie prend la courbe des grandes passions, soudaines, exigeantes, généreuses. p59

J’ai eu l’opportunité peu après ma lecture d’assister à une conférence sur Camus, qui s’est terminée sur une analyse de la dernière phrase du Mythe de Sysiphe, “Il faut imaginer Sysiphe heureux”, comme une réconciliation entre les deux forces qui parcourent l’essai, l’absurdité de la condition humain et l’amour de la vie ; idée brillamment reformuler au cours d’une visite en Toscane.

Florence ! Un des seuls lieux d’Europe où j’ai compris qu’au cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j’apprenais à consentir à la terre et à bruler dans la flamme sombre de ses fêtes. J’éprouvais… mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer l’accord de l’amour et de la révolte ? p100

C’est avec ravissement que j’ai pu retrouver dans cet ouvrage les thèmes de Camus qui me sont chers, et malgré un texte quelque fois assez sec, Noces contient quelques passages admirables. De quoi me motiver pour continuer Camus.

Mais qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? Et quel accord plus légitime peut unir l’homme à la vie sinon la double conscience de son désir de durée et son destin de mort ? On y apprend du moins à ne compter sur rien et à considérer le présent comme la seule vérité qui nous soit donnée par “surcroît”. p93

 

J’ai aussi lu l’Été dans le même temps ; moins touchant, celui-là.

Nul homme ne peut dire ce qu’il est. Mais il arrive qu’il puisse dire ce qu’il n’est pas. p124
Louée soit donc la société qui, à peu de frais, nous enseigne tous les jours, par ses hommages mêmes, que les grandeurs qu’elle salue ne sont rien. Le bruit qu’elle fait, plus fort il éclate et plus vite il meurt. Il évoque ce feu d’étoupes qu’Alexandre VI faisait brûler souvent devant lui pour ne pas oublier que toute la gloire de ce monde est comme une fumée qui passe. p128

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