Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza, Frédéric Lordon (2010)

Je porte peu de livres aussi près de mon cœur que celui-ci: la découverte de Spinoza il y a deux ans donnait déjà une autre saveur au monde des joies et des peines, grandissant avec l’habitude que j’ai pris de calquer mes expériences sur la description du philosophe ; mais la puissance des outils de compréhension que donne Frédéric Lordon dans ce livre m’a proprement époustouflé, m’apportant les armes pour comprendre les mécanismes entourant un concept aussi capital que les émotions, si ce n’est plus: l’argent.

L’argent, c’est la monnaie saisie du côté des sujets. Si la monnaie est le moyen de paiement comme rapport social, l’argent est la monnaie comme objet de désir – ce “condensé de tous les biens dont il n’est plus guère de joie qui ne soit accompagnée de son idée comme cause” (Éthique). […] Le rapport social produit l’acceptation commune du signe monétaire et en fait par là, du point de vue des individus, un objet de désir – ou de métadésir puisque l’équivalent général est cet objet particulier qui donne accès à tous les objets de désir (matériels). p28

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Lou Andréas-Salomé, Friedrich Nietzsche (1894)

Lors de son cours à “l’Université Populaire”, Michel Onfray considère Ainsi parlait Zarathoustra comme l’ouvrage de Nietzsche le plus dur d’accès et donc conseille de le lire après tous les autres: ce fut pour moi le premier. Même si j’ai été touché par sa poésie et quelques-unes de ses idées, j’ai bien senti que je ne pénétrais pas l’obscurité de Zarathoustra, que je n’avais pas accès à sa puissance. Onfray plaçant la biographie de Lou Salomé en première position, je décidai de m’y plonger.

Y a-t-il […] une prédilection intellectuelle pour ce qu’il y a de dur, d’effrayant, de cruel, de problématique dans l’existence, qui viendrait du bien-être, d’une santé débordante, d’une plénitude de l’existence? […] Se pourrait-il qu’il y ait – question pour aliéniste – des névroses de la santé? (la Naissance de la tragédie) p37

“Festspielhaus Bayreuth”, Guillermo Kuitca 2004

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Sénèque – De la briévèté de la vie (49)

Dès le titre, Sénèque illustre son talent de rhéteur, puisqu’on comprend bien vite que le lecteur est plutôt amener à trouver l’origine de cette sensation de brièveté plutôt qu’à apprendre comment la supporter. On pourrait alors renommer l’ouvrage “de votre oubli de la mort”, d’après la phrase suivante:

Vous craignez tout à la manière des mortels, mais vous désirez tout à la manière des immortels. p21

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