Lou Andréas-Salomé, Friedrich Nietzsche (1894)

Lors de son cours à “l’Université Populaire”, Michel Onfray considère Ainsi parlait Zarathoustra comme l’ouvrage de Nietzsche le plus dur d’accès et donc conseille de le lire après tous les autres: ce fut pour moi le premier. Même si j’ai été touché par sa poésie et quelques-unes de ses idées, j’ai bien senti que je ne pénétrais pas l’obscurité de Zarathoustra, que je n’avais pas accès à sa puissance. Onfray plaçant la biographie de Lou Salomé en première position, je décidai de m’y plonger.

Y a-t-il […] une prédilection intellectuelle pour ce qu’il y a de dur, d’effrayant, de cruel, de problématique dans l’existence, qui viendrait du bien-être, d’une santé débordante, d’une plénitude de l’existence? […] Se pourrait-il qu’il y ait – question pour aliéniste – des névroses de la santé? (la Naissance de la tragédie) p37

“Festspielhaus Bayreuth”, Guillermo Kuitca 2004

L’ouvrage suit d’ailleurs la méthode d’Onfray (et de Nietzsche avant lui) en offrant une lecture de l’œuvre parallèle à celle de la biographie. J’ai beaucoup apprécié que derrière l’image d’un homme malade, trahi et déçu (l’échec de la communauté de Bayreuth imaginée avec Wagner), Lou Salomé fasse toujours ressortir le côté lumineux et puissant que j’ai trouvé lui:

Je me rappelle la comparaison que Nietzsche employa un jour pour caractériser la joie que le philosophe éprouve devant l’ampleur et la profondeur de sa propre nature – le plaisir de pouvoir désormais concevoir sa vie comme une “expérimentation de la connaissance” (le Gai Savoir, 324). “Je ressemble à un vieux château fort, battu par les intempéries, possédant beaucoup de caves et de sous-sols cachés ; je ne suis pas encore descendu dans mes souterrains les plus obscurs ; je n’ai pas encore pénétré dans mes chambres les plus profondes. Ne forment-elles pas le soubassement de tout ? Ne devrions-nous pas pouvoir nous élever de nos ultimes profondeurs, pour surgir sur n’importe quel point de la surface terrestre ? Et chacun de ces couloirs ténébreux ne devrait-il pas nous ramener toujours à nous-mêmes ? p46

Je n’ai cependant pas tant réussi à trouver dans ce livre plus qu’un recueil bien agencé de réflexions de Nietzsche pouvant s’appliquer à sa propre vie ; peut-être que de prochaines lectures m’éclaireront d’avantage.

Qu’as-tu vraiment aimé jusqu’à ce jour, quelles choses t’ont attirée, par quoi t’es-tu sentie dominée et tout à la fois comblée ? Fais repasser sous tes yeux la série entière de ces objets vénérés et peut-être te livreront-ils, par leur nature et leur succession, une loi, la loi fondamentale de ton vrai moi. Compare ces objets, vois comme ils se complètent, s’élargissent, se surpassent, se transfigurent mutuellement, comme ils forment une échelle graduée sur laquelle jusqu’à présent tu as grimpé jusqu’à ton moi. Car ton essence vraie n’est pas cachée au fond de toi, elle est placée infiniment au-dessus de toi…(Schopenhauer éducateur) p80

[…] le sage a une tendance innée à éprouver à l’aune de leur nature “trop humaine” les actions humaines : “On se trompera rarement si l’on ramène les actions extrêmes à la vanité, les médiocres à l’habitude, et les mesquines à la peur (Humain, trop humain) p90

Il faudrait des êtres plus spirituels que ne sont les hommes, ne serait-ce que pour goûter tout l’humour qu’il y a dans le fait que l’homme se regarde comme la fin de l’existence du monde et que l’humanité, très sérieusement, ne s’avoue satisfaite que dans la perspective d’une mission universelle. (Le voyageur et son ombre) p102

Si tous les philosophes ont contribué jusqu’ici à faire mépriser l’existence et à affaiblir les instincts de conservation vitale, ils ne prouvent nullement pas là que la vie ne vaut rien ; ils dénoncent simplement la contradiction dans laquelle ils sont tombés, et qui est le symptôme d’un état pathologique. (basé sur le Crépuscule des idoles, “Problème de Socrate”) p140

Tous les instincts qui ne se libèrent pas vers l’extérieur se retournent vers le dedans – c’est ce que j’appelle l’intériorisation de l’homme : voilà l’origine de ce qu’on appellera plus tard son “âme”. Tout ce monde du dedans, si mince à l’origine, et comme tendu entre deux peaux, s’est développé, amplifié, acquérant profondeur, largeur, hauteur, à mesure qu’on empêchait l’homme de se libérer vers l’extérieur. p141

Ce qui fait le caractère religieux de l’art, c’est que “toute beauté excite à la procréation” et nous enseigne par conséquent à créer des êtres parfaits. p172

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s