Lectures d’octobre

Catherine Baker, Contre l’oppression des adultes sur les enfants

La fonction de l’adulte, vis-à-vis de l’enfant, est de le former, de l’éduquer. La fonction unique de l’enfant est d’être éducable. Ces fonctions sont admises par les deux parties, si bien que les rouages tournent. Du point de vue sociologique, la fonction permet à la mécanique de fonctionner et on peut expliquer chaque rouage de cet engrenage en circuit fermé par les autres pièces. La soumission vient de l’autorité qui vient de la soumission, etc. L’autorité, en d’autres termes, vient de ce que ça marche. La soumission vient de ce que ça marche. ça : la société prise dans son ensemble.

Ces idées préconçues s’appuient sur une croyance qui voudrait qu’en l’absence de coercition ou de menace l’individu soit maître de sa conduite. La liberté serait une sorte de donnée. Comme c’est intelligent ! La thèse du libre arbitre permet à la société de fonctionner comme si elle était une résultante des libertés individuelles ; toute rébellion n’est alors qu’un non-sens.


PM, Bolo’Bolo (mention substruction)

Utilisée seule, la subversion n’est pas une solution, elle nous permet de paralyser un certain secteur de la Machine, de détruire une de ses fonctions, mais la Machine sera toujours capable de reconstruire une fonction isolée et de s’imposer à nouveau. Nous devons remplir chaqueespace conquis par la subversion avec quelque chose de nouveau, quelque chose de constructif. Nous ne pouvons pas espérer éliminer d’abord la Machine et, une fois la place libre, établir BOLO‘BOLO : nous arriverions toujours trop tard. Des éléments provisoires de BOLO‘BOLO,des rameaux de sa structure doivent occuper tous les interstices libérés,les espaces abandonnés, les zones déjà conquises. Ils préfigurent ainsi les nouvelles relations. La construction doit être combinée avec lasubversion pour former un processus unique : la substruction (ou conversion si  l’on  préfère). La construction ne doit jamais être un prétexte pour renoncer à la subversion. À son tour, la subversion isolée ne produit qu’un feu de paille, des dates historiques et des héros, mais elle ne laisse pas de résultats sur le terrain. Construction et subversion prises isolément sont, l’une et l’autre, une manière de collaboration tacite ou explicite avec la Machine.


Notes de lecture sur “L’insurrection qui vient”

Pourquoi, en effet, la vieille illusion des années 70 de communes armées» qui ne s’accrochent pas seulement pour défendre leur propre espace libéré mais partent aussi à l’assaut des espacesrestés aux mains du pouvoir ne serait-elle pas réalisable?
La réponse se trouve dans la contradiction que prétendent dépasser les auteurs de l’opuscule: en dehors d’un contexte insurrectionnel, une commune ne vit que des interstices laissés par le pouvoir. Sa survie reste liée à son caractère inoffensif. Tant qu’il s’agit de cultiver des carottes sans dieu ni maître dans des jardins biologiques, de proposer des repas à bas prix (ou gratuitement) dans des cantines populaires, de soigner des malades dans des dispensaires autogérés, tout peut encore aller bien. Au fond, que quelqu’un s’occupe des carences des services sociaux peut être utile, la création d’une aire de garage pour les marginaux, loin des vitrines de la métropole, peut être commode. Mais à peine en sort-on pour aller débusquer l’ennemi, et voilà que les choses se gâtent. Un jour ou l’autre, la police frappe à la porte, et la commune s’éteint, ou est redimensionnée. La seconde raison qui rend vaine toute tentative d’une généralisation de «communes armées» en dehors d’une insurrection est due aux difficultés matérielles dans lesquelles se débattent de telles expériences, qui voient surgir une myriade de problèmes et un manque chronique de ressources. Vu que seuls quelques privilégiés sont en mesure de résoudre toute difficulté avec la rapidité nécessaire pour signer un chèque, les participants des communes sont presque toujours contraints de dédier tout leur temps et leur énergie à son «fonctionnement» interne.

En somme, pour rester dans la métaphore, d’un côté l’activité diurne tend à absorber avec ses exigences toutes les forces au détriment de l’activité nocturne ; de l’autre, l’activité nocturne et ses conséquences tend à mettre en danger l’activité diurne. Et cette tension éclate un jour ou l’autre. Cela ne veut pas dire qu’il faillenier l’importance et la valeur de telles expériences, mais cela signifie qu’on ne peut leur donner un contenu et une portée qu’elles n’ont pas : celui d’être déjà le moment de rupture lui-même, qui en s’étendant formerait l’insurrection. Comme le notait déjà Nella Giacomelli en 1907 après l’expérience d’Aiglemont, «une colonie fondée par les hommes d’aujourd’hui et obligée d’exister en marge de la société actuelle comme de puiser dans ses ressources est fatalement destinée à ne rester rien d’autre qu’une imitation grotesque de la société bourgeoise. Elle ne peut nous donner la formule du demain, parce qu’elle reflète trop en soi la vieille formule du présent, dont nous sommes tous inconsciemment pénétrés jusqu’à en être défigurés» [8].


Starhawk, Le temps des Buchers

La fainéantise était un péché, et accuser les villageois de fainéantise servit à justifier les clôtures des terres. Un tel péché justifiait aussi les bas salaires, qui idéalement «devaient permettre au travailleur tout juste de vivre ; car si vous lui en donnez le double, alors il travaille mais deux fois moins».

Le féodalisme était un système autoritaire et hiérarchique, mais il était basé sur un modèle organique. Carolyn Merchant dans The Death of Nature : Women, Ecology and the Scientific Revolution donne plusieurs exemples de penseurs médiévaux qui utilisent le corps humain comme modèle et métaphore du corps social. [14] Dans un travail publié par John of Salisbury en 1159, le prince, avec le clergé, fonctionnait comme l’âme du Commonwealth. Ceux qui faisaient les lois étaient le cœur, tandis que les juges et les gouverneurs étaient les organes des sens. Les soldats étaient les bras et les mains ; un bras protégeait les gens contre l’extérieur, l’autre les disciplinait de l’intérieur. Les financiers étaient les intestins des États. Les paysans, les fermiers, les artisans, le menu peuple travailleur étaient les pieds qui supportaient tout le reste. [15] […]
La clôture des champs a détruit le village paysan comme unité économique. Le pouvoir sur les décisions importantes qui affectaient le bien-être de la communauté tout entière n’était plus dévolu au village ou à ses représentants. Au contraire, il devint fragmenté et privatisé, approprié par les propriétaires fonciers en même temps que la terre.

Les pauvres n’étaient plus considérés comme ayant droit à des moyens de vivre décents, même réduits au minimum. En conséquence, ils étaient dans l’obligation d’accomplir un travail salarié pour des salaires qui ne leur procuraient même pas un revenu de subsistance [33]. La communauté organique était détruite et les individus devinrent comme des atomes – séparés et non plus reliés par des obligations mutuelles.

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