Gœthe – Les Souffrances du jeune Werther

Les Souffrances du jeune Werther est l’ouvrage centrale dans Fragments d’un sentiment amoureux : Barthes s’y réfère souvent, tant le personnage de Werther éprouve chaque sensation pleinement. Werther est absolument amoureux, absolument vivant.

Or, rien ne me fâche plus que de voir les gens se tourmenter les uns les autres, et surtout de voir les jeunes gens, au printemps de la vie, alors que leur cœur pourrait s’ouvrir le plus largement à toutes les joies, se gâter réciproquement ces quelques beaux jours par des façons maussades, pour reconnaitre trop tard qu’ils ont gaspillé des bien qui ne reviendront plus. p 46

élaires

La sotte figure que je fais […] quand on me demande si elle me plaît !… Plaire ! ce mot-là, je le hais à mort ! Que peut bien être un homme à qui Charlotte ne fait que plaire, dont les sens et le cœur ne sont pas remplis d’elle ? Plaire ! p 54

Elle m’aime ! Et combien je me deviens cher à moi-même, combien… je puis bien te le dire, à toi, tu sauras me comprendre… combien je m’adore, depuis qu’elle m’aime ! p 56

Mais quand l’impossibilité de son union avec Charlotte se matérialise sous la forme d’Albert, son fiancé, il se trouve à faire face chaque fois à plus de désespoir, de jalousie :

Albert est de retour, et moi, je vais partir. Quand il serait le meilleur, le plus noble des hommes, de sorte que je fusse prêt à me reconnaitre inférieur à lui sous tous les rapports, je ne saurais néamoins supporter de le voir de mes yeux possesseur de tant de perfections… p 62

 “Ou bien, me dis-tu, tu as quelque espérance d’obtenir Charlotte, ou tu n’en as point. Bien ! Dans le premier cas, efforce-toi de réaliser cette espérance, d’arriver à l’accomplissement de tes vœux ; dans le second cas, prends une résolution virile, et tâche de te délivrer d’un sentiment funeste, qui consumera inévitablement toutes tes forces.” Cher ami, cela est fort bien dit… et c’est bientôt [facilement] dit. p 64

Mais plus il se découvre amoureux, plus il devient cynique, critique à l’égard

Lorsqu’on atteint la fin du livre, on se trouve en présence d’un Werther à fleur de peau, qui se laisse emporter par toutes ses affections

Je ne puis rester inoccupé, et pourtant je suis incapable de rien faire. Je n’ai plus d’imagination, ni sentiment de la nature, et les livres ne m’inspirent que du dégoût. Tout nous manque, en vérité, quand nous nous manquons à nous-même ! p 80

J’ai particulièrement aimé à quel point Werther est sensible, se laisse être sensible même devant l’indifférence qu’à l’être aimé pour ses sentiments, et quand le monde lui parait manquer de la finesse de ce qu’il ressent :

De plus, il estime mon intelligence et mes talents plus que mon cœur, qui pourtant est la seule chose dont je sois fier et qui est l’unique source de tout : de toute force, de toute félicité et de toute souffrance. Ah ! ce que je sais, chacun peut le savoir…; mais mon cœur, nul que moi ne le possède. p 113

Elle lui [un oiseau] tendit quelques miettes sur ses lèvres, dont le sourire me représentait toutes les délices de l’amour heureux, de la tendresse innocente.
Je détournai la tête. Elle ne devrait pas faire cela ! elle ne devrait pas exciter mon imagination par ces tableaux d’innocence et de félicité célestes, ni réveiller mon cœur lorsque parfois il s’endort, bercé par l’insignifiance de la vie !… Et pourquoi pas ?… Elle se fie si bien à moi ! elle sait combien je l’aime ! p 123

Si je n’ai pas cent fois déjà été sur le point de me jeter à son cou ! Dieu tout-puissant, tu sais ce qu’on éprouve à voir passer et repasser devant soi tant de charmes sans avoir le droit d’étendre la main pour s’en saisir ! et c’est là pourtant l’instinct le plus naturel à l’humanité ! Les enfants ne cherchent-ils pas à saisir tout ce qui frape leurs sens ?… Et moi ? p 130

J’aime Werther dans la plénitude qu’il accorde à ce qu’il ressent, bien qu’il en souffre profondément, avec la fin que l’on sait.

Heureuse créature, qui peux attribuer l’absence de bonheur à un obstacle terrestre ! Tu ne sens pas, non, tu ne sens pas que c’est dans ton cœur dévasté, dans ton cerveau désorganisé que gît ton mal, et que tous les rois de la terre ne sauraient t’en guérir ! p 139

Deux passages, le premier a la même douceur que la dernière phrase de cette page de Du côté de chez Swan ; la deuxième dont j’apprécie simplement la justesse.

Nos compagnes étaient assoupies. Elle me demanda si je ne voulais pas en faire autant, m’assurant qu’il ne fallait pas me gêner à cause d’elle. “Tant que je verrai ces yeux-là ouverts, dis-je en la regardant fixement, il n’y a aucun danger que je m’endorme.” p 40

Je fus sur le point de rompre l’entretien : car il n’est pas d’argument qui me mette hors de moi autant qu’un lieu commun insignifiant qu’on vient me citer, alors que je parle avec tout mon cœur. p 70

 

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